Inégalités : voulons-nous vraiment combattre l’injustice sociale ?


inegalites-voulons-nous-vraiment-combattre-l-injustice-sociale-ok-alexandra,M262503Début octobre, le périodique « Télérama » publiait un dossier sur les inégalités. Avec un sous-titre explicatif : En 2016, 1% de la population mondiale possédera autant que les 99% restants ! Pourquoi les choses ne changent-elles pas ? Le philosophe Patrick Savidan donne une réponse troublante.

Voici quelques extraits de ce document que nous vous invitons à découvrir entièrement ici

« … Le 21 mai dernier, par exemple, à l’occasion d’un rapport de l’OCDE (1) sur cette question, son secrétaire général déclarait :« Les inégalités dans les pays de l’OCDE n’ont jamais été aussi élevées depuis que nous les mesurons. » L’organisation établissait ainsi que le revenu des 10% les plus riches est aujourd’hui près de dix fois plus élevé que celui des 10% les plus pauvres. Dans les années 1980, ce multiplicateur était de sept. Le 9 septembre, Oxfam, organisation non gouvernementale de lutte contre la pauvreté, renchérissait : « Au sein de l’Union européenne, cent vingt-trois millions de personnes (soit près d’un quart de la population) risquent de sombrer dans la pauvreté et l’exclusion sociale….é

 »
inegalites-voulons-nous-vraiment-combattre-l-injustice-sociale-ok-alexandra,M262505…Aujourd’hui ces informations sont connues. Le succès planétaire du livre de Thomas Piketty Le Capital au XXIe siècle, somme de mille pages sur l’évolution des inégalités parcourant trois siècles et plus de vingt pays, en témoigne brillamment. Dans la foulée, les études se sont multipliées. En cette rentrée, par exemple, l’édition 2016 de L’Etat du monde, dirigé par Bertrand Badie et Dominique Vidal, propose un tableau mondial, fort bien documenté, des inégalités et de leurs mécanismes. Et Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie, y consacre son dernier ouvrage, La Grande Fracture, dans lequel il reprend une fameuse image lancée par Oxfam au forum de Davos, le rassemblement annuel de l’élite mondiale, en 2014 : « Si l’on mettait quatre-vingt-cinq multimilliardaires dans un autobus, il contiendrait une fortune équivalente à celle de la moitié la plus pauvre de l’humanité, environ trois milliards de personnes. » « Un an plus tard, ajoute-t-il,l’autobus a rétréci : il n’a plus que quatre-vingts places… »

« … En 2016, 1% de la population de la planète devrait posséder autant que les 99% restants. Si ces informations sont connues, pourquoi les choses ne changent-elles pas ? Voulons-nous vraiment l’égalité ? Question hautement embarrassante que se pose et nous pose Patrick Savidan, professeur de philosophie politique et président de l’Observatoire des inégalités, dans un livre dense et passionnant. Construit comme une enquête, son essai intrigue car il repose sur une énigme : le divorce entre, d’un côté, notre désir d’un monde plus juste et, de l’autre, nos actes, qui le contredisent… »

« … Mais pourquoi les gens se sentent-ils acculés à choisir entre diverses formes de solidarité ? Essentiellement à cause de la montée du sentiment d’insécurité sociale, de la crainte de la précarité, qu’elle soit réelle ou potentielle. « Pour sécuriser sa position, poursuit Savidan, on va s’efforcer d’accéder à une position dominante. Cela explique que même les plus démunis, qui n’ont aucun intérêt à soutenir des politiques publiques privilégiant les plus favorisés, peuvent le faire. Ils aspirent tout simplement à la sécurité dont bénéficient les dominants. » Et c’est ainsi que les tendances oligarchiques de nos sociétés sont tolérées, parce que chacun garde l’espoir d’entrer dans le cercle restreint qui monopolise pouvoirs et privilèges. Et voilà comment, écrit François Dubet, « en dépit de leurs principes affirmés, nos sociétés « choisissent » l’inégalité… »
inegalites-voulons-nous-vraiment-combattre-l-injustice-sociale-ok-alexandra,M262522« … Convaincus de l’impuissance des politiques et des institutions, doutant fortement de l’Etat providence, qu’ils voient se désagréger, les Français peinent à se projeter dans un avenir commun. Nous sommes ainsi, selon Savidan, face à une « crise du temps ». L’avenir paraît opaque ou menaçant, ouvert à quelques-uns et fermé pour la plupart. L’injustice sociale se joue alors entre ceux qui ont un avenir et les autres, dont l’horizon paraît bouché. Les premiers ont fréquenté les bonnes écoles, disposent des meilleurs réseaux. Ils peuvent faire des choix de vie, construire des projets. Les seconds sont dans la survie immédiate, enfermés dans l’instant. Résultat, la sécurité apparaît comme un bien fragile, rare, concurrentiel. En multipliant les informations sur les inégalités, on contribue ainsi à augmenter l’angoisse qui pousse à redoubler d’efforts dans la concurrence avec les autres.

« La sécurité est un bien commun, dont l’amélioration doit s’étendre à tous, conclut Patrick Savidan. Si ce n’est pas le cas, les inégalités persistent et la logique de confrontation l’emporte. Cette réflexion se joue au coeur de la question du temps : car, aujourd’hui, certains groupes privilégiés colonisent l’avenir. Il faut que cela cesse. » Au départ était ainsi une histoire en forme de paradoxe, une tension entre un désir d’égalité et des actions qui l’entravaient. Au bout du compte, une autre histoire commence, celle d’une dynamique démocratique qu’il s’agit de retrouver. »

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Une réponse à “Inégalités : voulons-nous vraiment combattre l’injustice sociale ?

  1. A reblogué ceci sur PUSH – Accueilet a ajouté:
    « … En 2016, 1% de la population de la planète devrait posséder autant que les 99% restants. Si ces informations sont connues, pourquoi les choses ne changent-elles pas ? Voulons-nous vraiment l’égalité ? Question hautement embarrassante…

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