Pour que l’Europe ouvre les yeux


15792_rohingya_boat_1_460x230Avez-vous été interpellé, comme beaucoup, suite à la mort par noyade du petit Aylan ? Avez-vous vous aussi ressenti compassion, honte, découragement, culpabilité face à ce drame parmi tant d’autres ? N’êtes-vous pas lassé des discours que nous savons trompeurs ? L’émotion qu’a provoqué ce drame vous interpelle-t-elle ?
Lancinante dans nos esprits, cette réalité nous bouscule enfin. Nous ne pouvons plus nous taire ni rester passif.
Voici des extraits de commentaires qui remettent « les choses  » à leur juste place. Ils nous semblent ajustés, reflétant bien nos états intérieurs. Ils interpellent en profondeur en tant qu’homme en tant que citoyen, en tant que croyant.
Petite sélection de réactions pour éveiller les consciences anesthésiées,  refuser une fois pour toutes les sempiternels discours des politiciens qui nous disent « plus jamais ça »,  et inviter à  vivre en fidélité et en cohérence. Saurons-nous enfin ouvrir les yeux, au-delà de nos querelles byzantines, et  donner suite à l’appel de nos consciences ?

1) N’est-ce pas encore la Shoah ?

4746176_6_258a_la-police-hongroise-tente-de-forcer-les_28074ce623d61a9e1a2288e83de94971Il est parfois nécessaire de comparer ce qui n’est pas comparable. Ne serait-ce que pour éveiller les consciences anesthésiées. Entre 1933 et 1940, plusieurs millions de réfugiés échappés d’Allemagne, de Pologne, des pays baltes, fuyant le nazisme, se heurtèrent à des frontières fermées. Ils s’appelaient Nathan, Samuel ou Rachel…

… Nathan par exemple avait dix frères et sœurs, tous assassinés dans les camps de concentration nazis et sa mère, morte de faim dans le ghetto de Varsovie. Ces six millions de victimes de la Shoah ne suscitèrent pas – en dehors du peuple juif – une grande émotion, jusqu’au procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem en 1961….

Venons-en à ce qui n’a aucun rapport avec ce qui précède : la fuite, par millions, des réfugiés de Syrie, d’Irak et d’Erythrée. Sans rapport parce que Latifa, Ali et Ahmed ne sont pas massacrés avec la même efficacité industrielle que le furent Samuel, Nathan et Rachel ? Sans rapport pourquoi ? Devrait-on croire que ceux-là courent le risque de se noyer dans la Méditerranée, de mourir étouffés dans un camion, de crever de soif sur une route grecque, parce qu’Ali, Latifa et Ahmed sont des touristes ou trivialement à la recherche d’un emploi en Angleterre ?

Non, eux aussi fuient l’extermination : ils prennent le risque de mourir noyés parce qu’ils savent que l’alternative c’est d’être gazé, mitraillé, bombardé, affamé. Ce n’est pas la Shoah. Ou n’est-ce pas encore la Shoah ? Comment, d’ici quelques années, nommera-t-on cette marée humaine qui déferle vers l’Europe ? Comment justifiera-t-on dans nos livres d’histoire et nos lamentations officielles cet exode que les Européens, les peuples et leurs gouvernements, tentent de réduire à une « crise » technique qui exigerait seulement quelques ajustements légaux dans la définition du statut de réfugié ? …
lire l’article de Guy Sorman dans son intégralité sur le journal le Monde

2) Oui, cet enfant nous accuse
4744649_6_debf_sur-la-plage-de-bodrum-ou-le-corps-d-aylan_3af8da0479b97916778db2d6801e9b55Longtemps, je n’ai rien voulu dire sur les migrants venus du Proche-Orient qui, depuis des années maintenant, trouvent la mort par milliers en Méditerranée en cherchant à fuir la guerre et les persécutions…  j’avais l’impression que tout avait été dit, et même trop dit : on peut remonter des années en arrière et entendre encore politiciens et journalistes parler du tout dernier naufrage en disant « plus jamais ça ». Et puis il y a eu cette photo, que tout le monde a vue maintenant :

… En la voyant, mon fils aîné, Gaëtan, m’a demandé de quoi il s’agissait. Après mon explication, la première chose qu’il m’a dite, c’est : « On dirait Hadrien » – son petit frère. Or il se trouve que c’est très exactement la réflexion que je m’étais faite. Ayral Kurdi devait avoir presque exactement l’âge de mon fils, et lui aussi était le petit garçon de quelqu’un, peut-être le petit frère de quelqu’un. Le petit neveu de quelqu’un, le petit cousin de quelqu’un, le petit-fils de quelqu’un…

…  à défaut d’avoir pu l’écrire, j’aurais pu signer l’éditorial de Christine Pedotti dans Témoignage chrétien. J’en approuve chaque mot :

« Jusques à quand, jusques à quand ? C’est le grand cri des prophètes d’Israël, c’est le cri que nous poussons. […] Il nous faut le pousser, l’entendre et réagir. […] Il n’y a pas de raison qui tienne, ni économique ni sécuritaire, qui vaille la mort de cet enfant. Oui, il faut céder à l’émotion parce qu’elle est le meilleur de nous-mêmes et qu’elle seule est capable d’abattre nos effroyables égoïsmes. […] N’accusons pas nos gouvernements, accusons nos frilosités dont ils sont les porte-parole. » …

… J’ai honte, honte, que des pensées pareilles me viennent seulement, parce que face à cette image, il ne devrait y avoir que l’émotion ; et j’ai honte pour notre société de me dire que tout de même, je vais publier ces pensées glaciales, toutes honteuses qu’elles soient, parce qu’elles peuvent quand même répondre à la froideur d’autres personnes. Seigneur, qu’avons-nous fait ? Comment en sommes-nous arrivés là ?

Que voulons-nous être ? Qui voulons-nous être ? Le bon Samaritain qui soigne l’homme agonisant au bord de la route, ou les Juifs qui passent en détournant le regard ? Jusqu’à ce que nous ayons agi, concrètement et vraiment agi, pour ouvrir nos portes à cette souffrance, nous savons qui nous sommes. Oui, Christine, cet enfant nous accuse ; bien plus, il nous condamne…
Lire l’article de Meneldil Palantir Talmayar dans son intégralité sur son blog

3) Pour que l’Europe ouvre les yeux
1239954143_immigration… Nos querelles juridiques sur l’exacte nature de ces migrants ont quelque chose d’ubuesque. … il y aurait les migrants économiques et les migrants politiques : les premiers fuient la misère, les autres les persécutions politiques et la guerre. Ils n’ont pas les mêmes droits.

… Mais l’enfant, lui, l’enfant de la plage, le petit Aylan, où faut-il le ranger ? La vérité est que ce ne sont plus seulement des hommes jeunes en quête d’emploi et d’un avenir meilleur qui forment le flux migratoire de l’heure ; ce sont des familles entières, femmes et enfants compris, qui fuient et la misère et les combats. Il faudra encore des années avant que le mélange de guerres civiles, religieuses et régionales nourrissant le chaos proche-oriental ne s’apaise. L’exode ne fait que commencer, il ne s’arrêtera pas de sitôt. Et l’Union européenne est sa destination naturelle….

… Peut-être faudra-t-il cette photo pour que l’Europe ouvre les yeux. Et comprenne un peu ce qui arrive. Pas d’angélisme : on ne fait pas de bonne politique sur de l’émotion. Pas de leçon de morale : nos Etats-providence, encore malmenés par la crise de 2008, lourdement endettés, faisant souvent face à un chômage massif, en proie, pour certains, à un malaise identitaire sérieux, sont désemparés face à l’afflux des migrants. Nos démocraties sont naturellement perméables aux mouvances protestataires les plus démagogiques – championnes du « y a qu’à » et autres solutions toutes faites.

… Tout cela est vrai… Mais, enfin, l’Europe est déjà passée par là. La seule France a su, dans les années 1920, alors qu’elle comptait 37 millions d’habitants, recevoir quelque 140 000 Arméniens….

… Il ne faut pas se tromper. Dans quelques années, les historiens jugeront les Européens sur la façon dont ils ont accueilli ceux qui fuyaient la mort sous les bombes, l’esclavage sexuel, les persécutions religieuses, les barils de TNT sur leurs quartiers, l’épuration ethnique. Dans les livres d’histoire, le chapitre consacré à ce moment-là s’ouvrira sur une photo : celle du corps d’un petit Syrien, Aylan Kurdi, noyé, rejeté par la mer, un sinistre matin de septembre 2015.
Lire l’éditorial de Jérôme Fenoglio, Directeur du « Monde » dans son intégralité

Que faire ?
répondre à l’appel du Pape à toutes les paroisses d’Europe à accueillir des migrants
signer les multiples pétitions qui circulent sur le net pour que nos politiques « suivent » leur opinion publique dans leur souci de solidarité et de fraternité.
– –Petit guide de tout ce que vous pouvez faire pour venir en aide aux réfugiés
– continuer à s’informer
soutenir le CCFD qui œuvre pour le maintien des populations dans leur pays d’origine

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