Femmes, genre, inégalités et développement

marche_des_femmes_rio20-96573Un article un peu long mais le sujet mérite qu’on prenne le temps de s’y arrêter… (c’est du moins l’avis et le souhait du rédacteur ! 🙂 )

La correspondante-partenaire du CCFD-Morbihan, Maria Pereira de Barros, qui nous arrive du Brésil est confrontée dans son pays à un enjeu énorme celui de l’inégalité entre hommes et femmes. Mais le Brésil n’en porte pas le monopole : Dans notre société et notre Eglise nous pouvons balayer devant nos portes ! Nos confrères d’Ile-et-Vilaine ont retenu ce « thème » crucial pour informer le public en organisant à Rennes une soirée conférence avec Elisabeth Hofmann « Pourquoi et comment intégrer le genre dans les projets de développement ? » (Mardi 3 mars au collège Anne de Bretagne, 15 rue Martelot)

En effet, un des enjeux du développement c’est de contribuer à la réduction des inégalités entre les hommes et les femmes. Le CCFD terre solidaire est attentif à aider à une prise de conscience de la situation des femmes, confrontées la plupart du temps à des modes de fonctionnement, d’implication familiale, conjugale, sociale, politique qui se font à leur détriment. Ce fut une des priorités thématiques lors du dernier rapport 2008-2012. Comment les amener à analyser de manière critique leur références, leurs repères, leurs pratiques et les faire sortir d’une situation d’inégalité, voire de mépris et de rejet au nom d’une culture, d’une tradition ?

L’étude du genre est une réponse . Elle est souvent mal connue des acteurs et actrices de la coopération et de la solidarité internationale. Pourtant, elle contribue à l’efficacité et à la pérennité des projets de développement. Depuis quelques années, les institutions de développement comme les acteurs de la société civile en France se saisissent de cette approche.

MA SORCIERE BIEN AIMEEIl est vrai que ce mot, en France, a mauvaise presse dans certains milieux conservateurs catholiques ou d’extrêmes droites qui se focalisent en particuliers sur  » la théorie du genre » et dénonce à travers rumeurs, récupérations politiques, fantasmes, approximations, présupposés, et autres désinformations, des soi-disant complots de la part de lobbys homosexuels et des idéologies remettant en cause les différents pouvoirs établis .. et l’avenir de la famille et de société elle-même.
Les analyses et les études de genre font peur. Elles semblent menacer toutes les structures de pouvoir établies (conjugaux, parentaux professionnels, éducatifs, politiques, sociaux., ecclésiaux..) sur la distinction, supposée claire,  homme/femme. Qu’en est-il exactement ?
Ne confondons pas sexe et genre. Elisabeth Hoffmann affirme  que « Le sexe est une différenciation physiologique distinguant les êtres mâles et femelles. Mais, sur la base de cette spécificité biologique, s’opère une construction sociale d’identités sexuées. Chaque société façonne les identités et les rôles féminins et masculins en termes d’activités, de statuts, de droits et de responsabilités. Ce sont ces identités que l’on appelle les rapports sociaux de sexe, ou le genre. »
Inde-bientot-un-soutien-gorge-anti-viol_exact780x585_lL’identité sexuelle concerne donc un dimension physiologique et dit une identité sexuée. Le genre concerne les identités qui se construisent à partir de rapports sociaux qui enferment le masculin et le féminin dans des rôles, des postures d’inégalité, d’enfermement, de hiérarchie, de pouvoirs.
Le genre se distingue donc du sexe : il va au delà des attributs biologiques pour s’intéresser à la différence sociale. Le concept de genre permet donc de penser les relations entre femmes et hommes en termes de rapports sociaux.  » Le genre est ainsi l’identité construite par l’environnement social des individus : la masculinité ou la féminité ne sont pas des données naturelles mais le résultat de mécanismes de construction et de reproduction sociale. Consciemment ou inconsciemment, la société s’organise selon le paradigme des « choses des hommes » et des « choses des femmes », au point que l’on se convainc qu’il existe des domaines ou des niveaux de domaines socialement réservés à tel ou tel des deux sexes ».(Wikipédia)

Inscrit dans un partage et une tension entre nature et culture, le genre dit d’abord que la condition et l’identité des femmes ne se comprend que dans la relation aux hommes et qu’elles sont le résultat d’une construction sociale et culturelle dans un contexte donné. Éric Fassin insiste sur le fait que « le genre est un concept. Ce n’est ni une théorie ni une idéologie, mais un outil qui aide à penser ».
Dans le journal La Croix du 24 octobre 2011, Yann Raison du Cleuziou, maître de conférence en sciences politiques à l’université de Bordeaux résume ainsi .« Le genre est un concept forgé par les études féministes dans les années soixante pour comprendre la répartition des rôles entre hommes et femmes qu’on trouve dans toute société.[…] Ce concept s’est révélé très fécond pour comprendre les multiples manières dont les sociétés ont interprété la différence sexuelle. Aucune négation de la différence sexuelle en cela, seulement un constat : il existe deux sexes bien identifiables physiquement mais ensuite les cultures vont développer sur ces sexes des interprétations, des définitions des qualités des hommes et des femmes et des rôles qu’ils doivent occuper dans la société »
L’expression « théorie du genre » serait, selon Laure Bereni, « une tentative de faire croire qu’il existe une stratégie politique unifiée derrière les études de genre… »  … Histoire d’entretenir une  grande confusion entre les questions d’identité sexuelle et les questions d’inégalités des rapports sociaux de genre ?

photo8scaledCeci écrit, revenons à notre titre d’article : femmes, genre, inégalités, développement.
Elisabeth Hofmann écrit «  …Aborder le développement sous l’angle du genre, c’est admettre que les rapports sociaux de sexe sont déterminants dans tout processus social et donc dans le développement de toute société. C’est reconnaître que les identités sexuelles sont très souvent à l’origine de besoins et d’intérêts spécifiques des femmes et des hommes et c’est agir en tenant compte de cette réalité dans toute initiative visant à soutenir le développement…
… Penser et agir « genré » ne veut pas seulement dire de ne pas oublier les femmes, mais il s’agit d’amener plus d’équilibre et d’équité entre les sexes, sans pour autant aller vers une assimilation des sexes. Le but de l’approche genre n’est pas que les femmes « deviennent » des hommes et vice versa. En revanche, l’approche cherche à favoriser, pour les femmes et les hommes, la liberté de choisir sa vie, individuellement et collectivement, y compris en remettant en cause les rôles et prérogatives traditionnellement confiés à son propre sexe, et à l’autre.
Ceci suppose de favoriser une « ouverture » chez les femmes et les hommes qui permet de mieux se comprendre et mieux comprendre l’autre, afin de pouvoir négocier des rapports plus équilibrés et équitables. Cela invite à penser le développement des sociétés de manière plus humaine, plus globale, plus holistique, en tenant compte des aspirations et des contraintes de TOUTES les personnes qui les composent. » 

 Quand le CCFD-Terre Solidaire emploie le mot « genre », il est clair sur ce qu’il met dessous : il reprend la définition onusienne donnée en particulier par l’Organisation Mondiale de la Santé : « le mot ‘genre’ sert à évoquer les rôles qui sont déterminés socialement, les comportements, les activités et les attributs qu’une société considère comme appropriés pour les hommes et pour les femmes ».

L’égalité, la dignité, la réciprocité, le respect entre hommes et femmes ne sont pas acquis, que ce soit chez nous ou dans les pays en voie de développement. Chacun le sait : inutile d’en faire un dessin.
C’est pourquoi le CCFD s’engage dans des projets de transformations sociales. Il dénonce les discriminations, les injustices et les violences faites aux femmes. Il aide ces dernières à travers des projets, des formations à se prendre en main pour comprendre, déconstruire des stéréotypes et les aider à accéder aux droits les plus élémentaires. Il provoque des cercles de paroles pour que les hommes prennent conscience eux-aussi de leurs mode de fonctionnement et d’être.
Face au machisme, à la violence, à l’alcool, à l’accès  aux difficultés d’accès à l’éducation, à l’ignorance sanitaire, à la dépendance économique et financière, aux manque de ressources, aux dominations diverses (et ce ne sont que quelques exemples), la corrélation entre développement et inégalité hommes-femmes et l’accès à la liberté de ces dernières n’est plus à démontrer. Ce sont les femmes ici et là-bas qui en font les frais.
aux-cotes-des-femmes,M178993La première action par les partenaires de terrain sera de déconstruire les stéréotypes  qui enferment chacun et chacune dans des rôles, à travers des modules de formation ou des conférences pour casser les certitudes et les assurances inculquées depuis des siècles.
Ce travail se fera aussi par la mise en commun de vécu et d’expériences. L’affaire de chacun est celle de tous.

Elisabeth Hoffmann en donne un exemple :  » Quand les femmes identifient des besoins pratiques, ils sont typiquement liés à l’alimentation, à l’eau, à la santé, à  l’éducation des enfants, parce qu’ils sont liés à des tâches et responsabilités qui correspondent à leur domaine d’expérience et de responsabilité. Elles n’expriment pas spontanément un besoin de changement social mais d’amélioration immédiate des  conditions de vie.
Une intervention de développement peut donc répondre aux besoins pratiques des femmes sans pour autant améliorer leur position et leur statut dans la société. Ces changements, souvent rapides à obtenir, ne sont pas forcément durables, car ils ne réussissent pas à atténuer la vulnérabilité des personnes et à changer les rapports de force qui créent le « besoin ». À tout moment ces femmes peuvent voir leur situation de vie se dégrader à nouveau. En revanche, les femmes expriment des besoins dits « intérêts stratégiques » quand elles revendiquent un changement dans les rapports de pouvoir entre les sexes et une amélioration de leur statut. Les changements souhaités concernent souvent l’accès et le contrôle des ressources et bénéfices du développement. 

Un programme de développement souhaitant répondre à ces intérêts tentera d’augmenter les connaissances et les aptitudes des femmes, par exemple en favorisant leur accès à une protection juridique et à des processus de démocratie participative.. » 

Il est sûr que cette orientation du CCFD-terre solidaire dérange et provoque des grincements, des résistances, voire des violences de la part de certains courants. Au delà de cette « bousculade », il nous faut porter, encore et encore, ces réflexions sur la place publique. Porter ainsi le débat c’est accepter de dépasser nos peurs, nos sécurités et nos habitudes, c’est accepter de déconstruire nos stéréotypes et nos systèmes de valeurs, c’est consentir à lâcher nos soifs de pouvoirs et nos pouvoirs eux-mêmes, pour défendre la dignité de toutes et tous.
Le travail d’information « ici » est aussi un des piliers de la mission du CCFD.

En savoir plus :
 

– égalité femmes/hommes : l’approche du CCFD
– Femmes en marche au Brésil : Maria Pereira de Barros le lundi 9 mars à 20h, salle des fêtes de Larmor Plage (56).
– les relations femmes-hommes comme enjeu de développement par Elisabeth Hofmann
– Mariage gay, PMA, « gender »… Dix liens pour tout comprendre article du journal Le monde
Genre en action  : Réseau qui promeut la prise en compte des inégalités des femmes et des hommes dans les politiques et programmes de développement.
– « Quand une femme avance, aucun homme ne recule ! » : des exemples de violences faites aux femmes et des exemples de luttes et d’espoir (Via campesina)
Pour une approche chrétienne du genre réflexion d’ Anthony Favier  et, du même auteur,  La théorie du genre n’existe pas

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