Face à la finance, s’organiser

0a80ac5e8960a08f46a37c2f64ef8La Grèce vient de voter pour Syriza et, à travers ce parti, a voulu dire « non » à l’austérité. Bel exemple de démocratie malgré les pressions de toutes sortes : les menaces, les chantages, venus du monde de la finance, des médias, de la commission de Bruxelles, de la chancelière Allemande, de Moscovici … Humilié, pillé, le peuple grec s’est dressé devant l’hégémonie du capital financier et spéculatif, « sur fond de crise structurelle financière, mais aux répercussions plus vastes puisqu’il s’agit d’un phénomène systémique ». 
Leur affaire c’est donc aussi notre affaire… Nous sommes dans le système !  Ne nous croyons pas à l’abri. C’est non seulement au niveau européen mais mondial que se joue un bras de fer entre démocratie et lobbying financier et spéculatif. L’exemple de la Grèce peut faire tâche d’huile et les riches s’en émeuvent.
La solidarité s’avère plus que jamais de mise.

Voici des extrait de João Pedro Stedile, un des chefs de file du Mouvement des sans terre au Brésil et de la Via Campesina où il analyse la situation (Ce texte fait partie de la Revue Amérique Latine en Mouvement  de décembre 2014, sur le thème de « América Latina: Cuestiones de fondo»). 
stedile06« Lors de divers échanges et réflexions entre nos mouvements, en analysant l’époque actuelle, nous sommes tombés d’accord sur le fait que nous assistons au déclin du capitalisme industriel –et des structures sociales qui en ont découlé –, devant l’hégémonie du capital financier et spéculatif, sur fond de crise structurelle financière, mais aux répercussions plus vastes puis qu’il s’agit d’un phénomène systémique.
Parallèlement à cette transformation, le capital, national et international, passe à l’offensive, cherchant par tous les moyens à s’approprier toutes les richesses de la nature (biodiversité, terres, eau, oxygène, etc.), principalement par le biais de l’industrie minière, des centrales hydroélectriques et nucléaires, qui provoquent de graves dégâts tels que la destruction des éco-régions, le changement climatique, les expulsions, etc. ; et qui affectent également de façon directe la souveraineté des pays et des peuples…  « 
arton20484João  Pedro Stedile évoque ensuite la crise climatique, la crise alimentaire, l’augmentation de l’insécurité de l’emploi et le recul des droits des travailleurs qui s’inscrivent dans cette dynamique. Tout cela marqué par la concentration croissante de la propriété aux mains d’une minorité, le contrôle de l’économie mondiale par l’OMC, et une dégradation flagrante de la démocratie et des formes de représentation, étant donné qu’elles ont cessé de répondre aux intérêts des citoyens.
Il soulève également le monopole de contrôle des médias qui exerce une domination idéologique sur les citoyens (on l’a vu en Grèce et en Europe avant les élections). 
Pour lui il y a nécessité de se restructurer:
« …Pour faire face à cette réalité, nous devons reconnaître en premier lieu que nous nous trouvons devant une crise de projet alternatif, ce qui rend difficile la mise en oeuvre de processus d’unité et de programmes propres à modifier l’équilibre des forces. C’est un fait, malheureusement, les organisations populaires manquent encore de poids, et rencontrent de nombreuses difficultés pour mener leurs actions, car nous vivons une période historique de reflux des mouvements de masse.
De façon générale, les luttes sociales en sont encore à la phase de « protestations » et non à la structuration d’un projet de société englobant les travailleurs et les mouvements sociaux en s’appuyant sur la solidarité, l’égalité et tout particulièrement la justice, point essentiel s’il en est, car sans elle point de futur…
29_10_2014__20_06_36167747343a286e20bce30e59611d002a31130_640x480A cet égard, nous tenons à évoquer le Rassemblement Mondial des Mouvements Populaires (EMMP), qui s’est tenu à Rome et au Vatican (27-29 octobre 2014), sous l’égide du Pape François ( auquel João   Pedro Stedile participait, voir notre compte rendu ici) en termes d’expérience positive qui a mis en évidence, une fois de plus, les impératifs d’organisation et de cohésion pour travailler à l’unité des travailleurs du monde entier, en toute autonomie vis à vis des Etats-gouvernements, partis politiques, religion et institutions analogues, sans pour autant rompre les relations ou interrompre le dialogue….
Pour les mêmes raisons, nous avons convenu de continuer à rassembler les secteurs les plus importants et diversifiés qui revendiquent les droits à la terre et à la souveraineté alimentaire, les droits au logement et les droits civiques en contexte urbain, les droits du travail, la fin des guerres génocides et le droit à la souveraineté des peuples, les droits de la nature et de l’environnement.
 1200x630_281268_prix-wise-2014-des-projets-alternatifCela devrait nous amener, par voie de conséquence, à affiner un programme qui tienne compte de la conclusion de l’EMMP : « la cause de tous les maux sociaux et environnementaux doit être recherchée dans la nature injuste et dégradante du système capitaliste qui place le profit au-dessus de l’être humain. …
…En ce sens, le défi passe par l’élaboration d’un projet alternatif au capitalisme qui regroupe les forces des différents secteurs sociaux à l’échelle mondiale… « 
« … Un autre axe fondamental pour nos organisations et la coordination internationale vient du défi que nous devons relever face au pouvoir médiatique devenu médiateur des pouvoirs en place, devant l’érosion des partis politiques, et donc en soutien à l’ idéologie de nos sociétés gouvernées par les idées des pouvoirs hégémoniques… »
Face aux pouvoirs médiatiques, dans un combat pour une vraie démocratie, João  Pedro Stedile exige la démocratisation des médias : par le soutien de médias propres, par la mise en place de connexions en réseau, en rejoignant les médias alternatifs. Ces projets alternatifs seront à voir non comme alternative au modèle économique dominant mais donneront à voir qu’il existe une autre manière de faire et de vivre ensemble.
Utopique ? Comment ne pas penser à l’appel d’Elena Lasida, lors de la conférence du CCFD du Morbihan ce 26 janvier dernier : elle prônait une pédagogie de l’action collective qui tend vers une communion à travers l’invention de nouvelles manières de faire ensemble,  pour pouvoir parler enfin en termes, non plus de rentabilité financière, mais en terme de rentabilité sociale et relationnelle. Cette visée du bien commun est créatrice d’unité, de nouveauté,  et d’A(a)lliance… Très évangélique tout cela…
 – Lire l’article de João Pedro Stedile dans son intégralité
– A Madrid, chez Goldman Sachs, propriétaire d’HLM
– Discours du pape François aux participants de la rencontre mondiale des mouvement populaires
– Observatoire des multinationales : Grèce : qui profitent des privatisations ?
– Où sont passés les 200 milliards destinés au « sauvetage » de la Grèce ?

– Découvrir aussi les principes structurants d’une « doctrine sociale«  et les grands thèmes abordés par l’Eglise catholique.
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