Passionnante soirée au Faouët sur l’accaparement des terres

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Patrice Coffi Awanou au premier plan

Passionnante la soirée de sensibilisation du CCFD-terre solidaire au Faouët ! Le partenaire de l’association, originaire du Bénin, Patrice Coffi Awanou, agriculteur et éleveur, formateur en agro écologie, a su, avec beaucoup de sensibilité et d’humanité, captivé son auditoire. Plus de 80 personnes participaient à cette rencontre.
Le sujet méritait le déplacement : l’accaparement des terres. Ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, essentiellement agricole (70 % de la population), s’étend sur 112 600 Km² pour une population de plus de huit millions d’habitants est malheureusement analphabète à 65%…. ce qui favorise grandement l’accaparement des terres car, il est soumis lui aussi, comme dans bien des pays d’Afrique à ce problème.
Le scénario est connu : des pays comme la Chine, la Malaisie, l’Arabie Saoudite , la Libye, l’Italie ou le Nigeria proche, mais aussi des multinationales, achètent des milliers d’hectares par l’intermédiaire de gouvernants et d’élus corrompus au détriment des paysans locaux jusque là soumis aux lois locales traditionnelles gérées par un chef de village. Mais ce sont surtout pour aujourd’hui les députés, les parlementaires, les ministres et hommes d’affaires du Bénin qui investissent .
Des terres exploitées ainsi depuis des siècles, selon les besoins de chacun… mais sans titre de propriété … Chaque paysan dispose de parcelles avec une mécanisation minimale et une invitation forte à travailler dans un souci environnementale.
PatricePatrice, au nom de son syndicat « Synergies paysannes » nous a fait part de plusieurs études faites par celui-ci, dont celle dans la commune de Djidja située au centre du pays. Il a montré que les transactions y ont été rares en 2006 (9%) et 2007 (9%) puis sont devenues de plus en plus fréquentes en 2008 (32%) et encore plus en 2009 (50%).
Toutes les transactions se font sur la base de conventions de ventes sans certification par les autorités locales. Très peu se font l’objet d’un acte notarié ou d’un certificat foncier comme l’exige la loi foncière.
Les paysans peu informés font l’objet dans certains cas de harcèlements par des propositions d’achats quotidiens. Ces intermédiaires font recours à de fausses promesses (recrutement dans les exploitations futures ou développement économique) et des artifices tels que les fausses rumeurs d’expropriation pour pousser à la vente.
Président et notables usent de leur autorité et de leur notoriété pour inviter ces petits paysans à vendre ou les obliger à travailler dans les monocultures comme le coton (« Que peut faire ou dire ce petit paysan tout fier quand le Président vient lui serrer la main ? «  interpelle Patrice )
Bien que les terres soient la propriété de la collectivité, les transactions sont faites essentiellement par une approche directe des vendeurs par les intermédiaires soit auprès des chefs traditionnels et en contactant les autorités communales.
synergies-paysannesPour le syndicat « synergies paysannes » dont Patrice est le trésorier les risques sont grands :
– augmentation des conflits au sein des familles et des villages
– disparition de l’agriculture familiale, qui assure la plus grande partie de la production des denrées alimentaires du Bénin.
– monoculture avec menace sur la sécurité alimentaire
-perte de la souveraineté (autosuffisance) alimentaire
– exode rural et phénomène de chômage (on vend ses terres pour se reconvertir en taxi moto … !) problème de gestion d’eau
– perte des valeurs traditionnelles et émoussement du tissu social
– et surtout introduction pernicieuse d’OGM comme c’est le cas au Mali avec les conséquences sur l’environnement et la biodiversité (le jatropha – un oléagineux – pour les agrocarburants ne supporte aucune autre plante près de lui)

Patrice a chaleureusement remercié le public plusieurs fois de l’aide financière qu’il reçoit par l’intermédiaire du CCFD-terre solidaire pour lutter contre ces main-mises par quelques uns au détriment des populations paysannes qui ne peuvent mais.
Pour lui, confirmait-il dans le débat qui a suivi, l’éducation, la formation et la conscientisation de tous ces enjeux est une des clés pour contrer ces méthodes malveillantes.

Pour le CCFD-Terre Solidaire les accaparements massifs de terres au profit d’intérêts privés ou d’États tiers ciblant des dizaines de millions d’hectares (que ce soit pour des raisons alimentaires, énergétiques, minières, environnementales, touristiques, spéculatives, géopolitiques, etc.) portent atteinte aux droits humains. En outre, ils privent les communautés locales, les paysans, les agriculteurs et les pêcheurs, de leurs moyens de production et empêchent leurs accès aux ressources naturelles, aggravant ainsi les inégalités quand à l’accès à la terre.
C’est pourquoi il est essentiel :
d’encourager les processus de réformes agraires ;
de rappeler les mécanismes existants tels que les principes directeurs de l’OCDE et des Nations Unies à l’attention des multinationales ;
de contrôler les investissements des fonds de pension et des entreprises publiques et privées afin de lutter contre les accaparements de terre.

en savoir plus :

http://ccfd-terresolidaire.org/infos/souverainete/accaparement-des-terres/accaparement-des-terres-2890

http://synergiepaysanne.org/

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Anne Marie Joubert, Presidente du CCFD-terre solidaire Morbihan et Patrice Coffi Awanou

 

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