« Nous avons perdu le sens de la responsabilité fraternelle »

migrants lampedusaC’est une « petite » phrase du pape François prononcée lors de son déplacement à Lampedusa en juillet dernier après le drame des centaines de migrants noyés pour venir en Europe.
Elle revient en écho à la récente étude d’United : Depuis 1993, UNITED fait la liste des dégâts mortels causés par la construction de « la Forteresse Europe », contre laquelle sont venus s’échouer les migrants et réfugiés qui ont tenté de franchir cette « forteresse ». Plus de 17 306 morts ont été recensés.
Que faut-il de plus que la mort de ces 17 306 personnes pour éveiller la conscience européenne ?

En écho encore ces extraits du journaliste François Taillandier dans L’Humanité :
« …  je prends des notes, dans les médias, dans la rue. Et je me disposais à être ironique, ou vengeur. Et je mijotais déjà mes phrases, je me disais, tiens, je prendrai tel ou tel angle (il faut toujours « angler » les articles qu’on écrit, c’est un journaliste qui m’a dit ça). Enfin bref, comme d’habitude.
Puis j’ai lu par hasard quelques phrases, dans un journal. J’ai lu ceci : « Beaucoup d’entre nous, et moi aussi, nous sommes désorientés, nous ne sommes plus attentifs au monde dans lequel nous vivons… et nous ne sommes plus capables non plus de prendre soin les uns des autres. Qui est responsable ? Personne ! Tous nous répondons : ce n’est pas moi, ce sont les autres. » J’ai continué ma lecture. « Notre société a oublié l’expérience des pleurs, du souffrir-avec : 
la mondialisation de l’indifférence ! »
Et plus encore ceci : « La mondialisation de l’indifférence nous rend innommés, responsables sans nom et sans visage. » Et ça, c’est prodigieux. Innommés. Sans nom, sans visage. Qui me parle de la mondialisation de l’indifférence ? Qui me fait sentir avec tant de force que c’est moi aussi qui cesse d’exister si je ne me soucie pas de l’existence d’un autre ?

Ces mots ont été prononcés sur l’île de Lampedusa par le pape François. Qu’on les relise avec cet éclairage. L’île de Lampedusa, où des milliers de gens tentent d’aborder, en proie aux trafiquants, 
au prix de tous les dangers ; où des milliers de gens ont laissé leur vie. Il a remercié les habitants de l’île, les responsables élus, les marins, les forces sanitaires et de sécurité, les associations qui s’efforcent de sauver « ceux qui cherchent un monde meilleur ». Il a dit pour conclure : « Lampedusa doit être un phare 
pour le monde entier. »
Je sais que beaucoup de mes lecteurs ne se font pas une image très reluisante de l’Église catholique. Ils ont leurs raisons. Mettons cela de côté, et puisqu’il s’agit d’écouter les mots, voilà les mots que j’ai écoutés cette semaine. Je crois qu’ils sont beaux. Ça ne changera pas le monde. 
Mais ça nous change de l’ordinaire. »

pape François

Cela rejoint l’analyse du CCFD-terre solidaire qui œuvre pour « changer le monde » :
« Les migrations constituent un défi considérable pour l’humanité. Le CCFD veut exprimer sa solidarité avec les personnes migrantes, en particulier celles que la migration jette dans la plus grande précarité. Que ce soit en France ou dans d’autres contextes internationaux, il apportera sa pierre à la défense des droits des migrants, notamment en matière de circulation et de travail, et à une mise en valeur de leur rôle dans les sociétés d’accueil et dans leurs pays d’origine…  » (Rapport d’orientation 2.2.)
« … Poussé par l’extrême pauvreté, les conflits ou les bouleversements climatiques, des femmes, des hommes et des enfants tentent d’aller trouver ailleurs que dans leur pays d’origine les conditions d’une vie un peu plus digne. Face à cette situation la France, l’Union Européenne et la communauté internationale font le choix de politiques migratoires sécuritaires et répressives. Peu importe les drames qu’elles engendrent chez nous comme dans les pays du Sud. A l’heure où notre planète traverse une série de crise, les migrants nous posent une question fondamentale : celle des moyens à mettre en œuvre pour assurer le « développement de tout l’Homme et de tous les Hommes ».    
Sur les routes migratoires, les migrants subissent les dérives de politiques répressives. Parfois en l’absence de politiques officiellement connues, ils se heurtent aux abus ou aux violations de droits humains…  »

Reposons la question :  Que faut-il de plus que la mort de ces 17 306 personnes pour éveiller la conscience européenne ?

En savoir plus :
 l’approche du CCFD-terre solidaire
– Innommés dans l’humanité
– liste des disparus
– à découvrir sur médiapart un article sur d’autres migrants  : 90 Roms assignent un préfet au tribunal

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